Courage, fuyons ! (le réseau social et moi, petit philosophie du boudoir)

J’ai derrière moi dix années à peu près de pratique des réseaux sociaux.  Ils m’ont permis de découvrir des profils inattendus, de m’informer des événements de proximité, de poser ma propre fantaisie et parfois d’attirer l’attention sur mes œuvrettes. Mais  ils sont surtout la source d’un grand désappointement. D’abord parce que s’y reproduit de façon on ne peut plus fidèle  l’esprit de clan, le sectarisme qu’on peut observer dans la vie réelle ainsi qu’un népotisme de bas étage. Les opérations de promotion sans vergogne du bouquin ou de la création du copain sont aussi lassantes que désespérantes : sans esprit critique, rien ne peut évoluer et l’affectif ne remplace pas la réflexion ni le jugement. Ensuite parce que la focale du net a surtout grossi l’ego de pas mal de pratiquants qui s’érigent en critiques, en apôtres du bon goût et manient l’invective et l’hyperbole, à défaut de vouloir ou de pouvoir pratiquer la nuance qu’on traquerait en vain dans ces endroits.

Mais ce qui j’y trouve de réellement dangereux est l’empreinte si visible des médias sur les esprits ; je sais que l’on peut crier ici  au poncif mais je me suis livrée souvent à de petits sondages parmi mes contacts et à ma grande horreur, je me suis aperçue que la plupart d’entre eux réagissent comme un seul homme aux faits d’actualité, fussent-ils véniels. Décès, catastrophes, et surtout ces soi-disant polémiques font défiler illico des statuts insensés à mes yeux, où l’internaute répète en boucle ce qu’il a entendu et ce dont on nous truffe le cerveau. Pire, ils le font sans distance ni vérification, en endossant le rôle du prêcheur d’apocalypse ou du défenseur de la vérité absolue : c’est atroce !

Quant à la création, les voix sincères y sont rares. Une certaine complaisance et l’addiction aux fameux like qui gonflent les têtes de ces grenouilles persuadées d’être des esprits libres y sévit largement. Malgré ma propre subjectivité que je ne peux refuser de voir, je suis donc de plus en plus mal à l aise dans ces lieux où par ailleurs je n’ai jamais essayé de rien vendre, jugeant que ce n’est pas l’endroit pour le faire.

J’y demeure, mais de moins en moins longtemps, pour quelques lumineux profils persévérants, gens de talent ou de cœur qui livrent simplement ce qu’ils ont à dire et ne craignent pas de le faire. Je continue d’y défendre une éthique qui refuse insultes et agressions de quelque ordre qu’elles soient. J’y défends aussi ma langue si malmenée dans ces endroits où peu de gens ont le bon goût de se relire et où se propagent des barbarismes très contagieux. Je persiste à y être sincère et spontanée, tout en allant de plus en plus souvent cueillir les fruits de la connaissance, comem on dit, bien en dehors de là.

Pourtant, ce réseau pourrait constituer une immense richesse. Et peut-être qu’au fil du temps, quand nous aurons grandi un peu, cela sera.

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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8 commentaires pour Courage, fuyons ! (le réseau social et moi, petit philosophie du boudoir)

  1. Antonio dit :

    Quand je prends la peine de pousser la porte de votre blog, et de bien la refermer derrière moi, j’ai la sensation de pénétrer dans un sanctuaire où le silence des visiteurs m’apaise et donne plus de résonance à vos mots que si je les lisais à l’extérieur, sur la place publique des réseaux sociaux au milieu de nombreux disciples (plein d’amour, d’humour et de sincérité, je n’en doute pas), qui applaudissent et encensent la bonne parole.
    Je ne me ferai pas l’avocat du diable des réseaux sociaux, j’y ai autant de contacts que de manières de l’utiliser, j’ai mis le temps à le comprendre… et je laisse chacun y trouver son compte sans le juger. Pour moi, cela reste une boite aux lettres, un tremplin et, contre mon gré, une fenêtre ouverte sur ce que je n’ai pas demandé, avec quelques bonnes comme mauvaises surprises.
    Renouer le contact avec un vrai toucher, et forcément moins de gens, est devenu une nécessité. Mais je ne ferme pas la porte à cet outil formidable et, peut-être qu’un jour, nous saurons équilibrer un peu plus notre façon de partager, entre virtuel et réalité.
    Petite participation improvisée au coin du boudoir 😉
    Bonne journée, Colette.

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    • Phédrienne dit :

      Votre parole est sage, comme toujours, Antonio et je vous rejoins sur ce principe. Le net a bien des avantages dont celui de rendre disponibles de savoirs jusque là claquemurés dans les bibliothèques mais il faut les chercher au bon endroit. Et pour le lien humain et direct, il reste pour moi indispensable et précieux.
      Amitiés.

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  2. Aldor dit :

    Fuir ? Mais pourquoi donc ? Quels qu’ils soient et aussi désagréables qu’ils nous paraissent, les autres sont toujours un peu notre miroir. Les voir nous aide à nous découvrir.

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Aldor,
      Il ne s’agit pas de trouver qui que ce soit désagréable, il s’agit de garder d’autres sources et de ne pas se laisser embarquer dans une communication minimaliste et surtout uniformisée, assez infantilisante. Je crois fermement à la diversité, pas celle dont on nous rebat les oreilles sur fond de multiculturalisme obligatoire, mais celle du choix d’inspirations variées ; le reflet dont vous parlez me semble donc assez parcellaire voire biaisé, ce ne sont pas quelques mots jetés qui peuvent nous éclairer, à mon sens. Merci pour votre apport bienveillant.

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      • Aldor dit :

        Oui, c’est sûr. Mais en chacun de nous, la tentation du troupeau est forte. Il ne faut pas y céder mais s’en rappeler est une leçon précieuse. Et quel meilleur rappel que ces statuts qui se répètent sans que l’information de départ ait été même lue ou vérifiée ?

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      • Phédrienne dit :

        Oui, tout à fait 🙂 !

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  3. Une chose qui m’énerve un peu sur les réseaux sociaux en général et sur celui ci en particulier est la copie généralisée de blogue à blogue, reblog disent les guiques. Apport personnel : zéro, encombrement du réseau : maximal. Ceci-dit, j’ai le choix de rester abonné, de partir, de cliquer sur j’aime ou pas, de ne pas mettre un commentaire. Alors, merci d’être là, Colette, pour enrichir ce petit bout de réseau social qui me touche !

    Aimé par 1 personne

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