Racinaire (encore)

J’ai marché hier depuis Bellecour jusqu’à Zola

Le symbole était grand, j’avais quitté sur la place

l’altière silhouette de Louis le Quatorzième

chevauchant droit et fier sans selle ni étriers

Les trottoirs de la ville crachaient tout au long

les entrailles de la terre, mises à nu, excavées

et forées d’importance, leur réseau compliqué

de veines et d’artères, en gros tuyaux orange

révélant ses secrets sous des passerelles fragiles

Il faisait froid, une bise glaçante embrassait les visages

Des tas de gens marchaient, tous ceux que le sous-sol

avait régurgités, le métro à l’arrêt rendait à la nuit

les marcheurs du dessous, l’armée des travailleurs

rentrant, col levé, dans ses appartements, que dis-je

ses cantonnements, ses quartiers

Cette longue saignée m’a fait rêver durant ma longue marche

C’est qu’à force de cogner ses pas sur le bitume

on oublie quelque peu ce qui bat en dessous

A un angle de rue, un grand arbre tranquille

bien qu’en  équilibre précaire étendait sans hâte

ses nœuds racinaires et son tronc abrité du gel

J’ai fait silence pour tenter d’écouter

ce grand cœur tellurique sonner le rappel de la vie

et c’est le mien que j’ai perçu, fort et assuré

puis le grand chant de frissons courant le long de mon échine

Et c’était bon

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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5 commentaires pour Racinaire (encore)

  1. Antonio dit :

    Quel éclat d’inspiration, ce texte ne claque pas que sous vos talons ! J’aime beaucoup.

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  2. ibonoco dit :

    Une petite balade lyonnaise où l’on te suit pas à pas, dans le froid et le vent.
    Une petite balade en solitaire au milieu des autres, tous ces autres qui vont et viennent sur les trottoirs ou sortent des bouches du métro.
    Une balade en solitaire où l’on va, en définitive, à la rencontre de soi-même… et c’est très bien.
    Je te souhaite une bonne fin d’après-midi et un bon jeudi soir.
    Amitiés
    John

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour John,
      Quand on marche dehors, on marche dedans en quelque sorte, ce que ton commentaire reflète très bien et je t’en remercie. Le judi soir a été d’une rare intensité, dans des échnages et débats, et c’est aussi une façon de marcher, cette fois avec cette tête :). Bon vendredi !

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      • ibonoco dit :

        Merci Phédrienne,
        Marcher dehors et dedans, c’est le chemin sur nous prenons chaque jour, celui de notre vie. L’intensité que tu évoques est en effet une belle source de stimulation pour la marche « intérieure ».
        Bon vendredi 😊
        Amitiés
        John

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