Ne comptez pas sur moi

Il faudra vous y faire.
Ne comptez pas sur moi, dans les années à venir, pour avoir honte de quoi que ce soit. Et surtout pas de prendre de l’âge, de basculer un jour dans cette catégorie qu’on voue à la naphtaline et au placard, qu’on ressort légèrement dépoussiéré pour les baptêmes, les mariages et les enterrements. Qu’on tutoie avec commisération et méfiance, pressé d’en finir avec la peur de devenir comme cela. Qu’on écoute sans oreille, mais oui, mais oui, tu l’as déjà dit,tu ne veux pas rentrer te reposer ?
Ne comptez pas sur moi pour me taire.
Ne comptez pas sur moi pour baisser la tête, raser le mur des jérémiades, prendre gêne de ma propre lenteur, de mes égarements. J’ai bien l’intention de m’aimer, moi, si d’autres ne le font à ma place. Même ainsi, même alors. Je marche le dos droit, front haut, tête levée, toujours ; je regarde dans les yeux, et si je me trompe, je le dis, si je nuis sans le vouloir, j’essaie de réparer.
C’est tout.
Ne comptez pas sur moi pour prendre en grippe cette indistincte teinte qui, me dit-on, colore ma peau. Blanc ! Elle fait partie de moi ainsi que d’autres choses étranges que je n’ai pas choisies mais que je porte simplement. Cela pourrait être différent, mais cela est.
Ne comptez pas sur moi pour trembloter de chagrin et de remord sous le poids d’une faute dont je ne sais rien, l’irrémissible tâche qui devrait me donner le goût de la boue, du regret de l’humaine condition. Non, mille fois non. J’ai le goût du soleil et du sucre, moi, et j’entends bien le partager. J’ai le goût entêté de l’espoir. Continuons au bout le chemin. S’il n’a pas de sens, tant mieux !
Ne comptez pas sur moi pour supplier la nostalgie de me redonner l’hier. C’est ici, maintenant que mes pieds tâtent le sol, c’est maintenant que je vous écris.
Ne comptez pas sur moi pour nourrir le goût de la mort que je vois noyer tout élan : poussière, regrets, ravages, mélancolie, perdition, désespoir, détestation, traîtrise, faiblesse, inachèvement, délabrement, ostracisme, destruction, catastrophe, déréliction, affliction, malheur,ruines, ce tout-qui-fiche-le camp avant les prémices d’un changement. Et ce qui est debout ?
Ne comptez pas sur moi pour nourrir des définitions sur quoi que ce soit, même si j‘aime les dictionnaires. Je ne sais rien, tant mieux, j’apprends, j’oublie. La beauté, l’amour, la poésie, la vérité, la littérature, la liberté, la métaphysique, la philosophie, c’est … qui le sait ? Faisons, faisons.
Ne comptez pas sur moi pour aimer tout, j’ai bien trop mauvais caractère.
Comptez sur moi pour le reste ou à peu près.
Comptez sur moi pour m’assoir et rire avec vous. Comptez sur moi pour la main, douce, ferme, sur l’épaule. Pas si mal, non ?

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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