Tampon encreur

S’il y a bien une chose que l’école ne m’a jamais apprise, c’est à juger par moi-même. A faire confiance au moins un peu à ce que mes yeux, mon jugement, mes perceptions me disent. Tout au contraire, on m’a appris à faire par imitation, à plagier, à accepter le joug d’un certain beau universel, du goût commun, en partant du principe que si quelque chose a du succès, c’est forcément avec une raison devant laquelle il faut s’incliner. Il en est de même pour tous les « il faut » que l’on vous inflige dès lors que vous essayez de travailler en création. Dans le domaine de la photo par exemple, ces « il faut » s’élèvent au rang du diktat ! Il faut nécessairement travailler de telle façon, ne jamais faire telle ou telle autre, et succomber à la surenchère de matériel dernier cri, d’outils dont le plus grand marqueur est le prix prohibitif et ne plus jurer que par eux.

Impossible de travailler sans le format raw, le dernier lightroom, le pied machin et le déclencheur trucmol ! Impossible de ne pas coller à une loi de marché qui standardise l’image et en fait un objet et non plus une création. De même que l’écriture a de facto une certaine tendance à l’uniformisation, à la paupérisation, à la communication réduite aux acquêts, une forme de main basse sur le sens, la nuance, le pluralisme et la liberté d’expression que je ne partage pas.

Je n’ai jamais aimé cela, moi, qui n‘ai aucun talent pour jouer les groupies et à qui les consensus mous font plutôt peur. Et je n’accrédite pas plus la vox dei que la voix des élites, dès lors que mon avis diffère du leur ! Quel culot hein ! Quelle prétention d’un petit auteur perdu dans l’immensité de la création ! Ben oui ! Figurez vous que je m’autorise à ne pas aimer, à ne pas encenser, à ne pas adorer avec les fidèles, autant que je m’accorde à ne jamais crier avec les loups ! Je préfère la subjectivité, je préfère avoir à me confronter avec mes propres limites, faire le grand écart mental qui consiste à reconnaitre un talent même lorsque le résultat ne vous plait pas, et à ne pas l’aimer juste parce que je ne l’aime pas ! Et j’entends bien que l’on applique à ce que je fais la même attitude !

Je prétends aussi à choisit, voire à créer, les outils les mieux adaptés à ma main et à mon état d’esprit, sans refus de la technologie mais sans céder aux sirènes d’un consumérisme à tout crin, et   aux modes qui imposent la modernité du moment, laquelle sera vite obsolète ! Je préfère la liberté, la vraie, celle qui consiste à douter, à faire en tâtonnant, à se tromper et à recommencer. Celle qui amène à bricoler, à imaginer ses trucs et astuces et à les partager sans privilégier la loi du porte monnaie. Celle qui n’interdit rien. Et   à l’usage du tampon, trempé dans une encre calibrée et reproduisant la même empreinte, je préfère essayer de créer ma propre signature, archi personnelle et revendiquée, une identité d’auteur reconnaissable et libertaire, traçant son petit fil noir dans le réseau sans fin…..

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour Tampon encreur

  1. Didier dit :

    Tout à fait d’accord, d’ailleurs j’ai relayé ton article sur mon blog :
    http://www.ame-nature.com/index.php/actu/photo/209-pour-liberer-lauteur-de-tout-carcan

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  2. Phédrienne dit :

    J’en suis très honorée, merci Didier !

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