L’escargot et le parapluie, …petit conte philosophique !

Il était une fois un petit pays un peu bizarroïde, peuplé de créatures disparates et non moins étranges : bipèdes chevelus et dotés d’une langue véloce, plus prompte à critiquer et à éreinter qu’à louer ou à bénir, et précédés d’une longue réputation de râleurs, hâbleurs têtus et acariâtres, tous attributs glorifiés en la personne d’un coq gaulois, fièrement campé sur ses ergots et dominé d’une agressive crête rouge !

Ce curieux peuple bravache et épidermique, et il faut le dire, assez fier de sa réputation, coupeur de têtes royales et zélateur du front popu, entièrement tiraillé entre tradition réactionnaire et fronde, beaujolais et philosophie, baguette de pain et ingénierie, vivotait donc sans malices, et acceptant bon an mal an les coups du sort que dame fortune ne manque pas de distribuer.

Or, il arriva  que  par un temps d‘orage que n’aurait pas renié Noé, un déluge d’êtres bizarres  s’abattit sur le petit hexagone. C’étaient de lugubres personnages engoncés de cols et de cravates, parcheminés de diplômes  et de manchettes, et convenablement bardés de sacoches, mallettes et autres attachés cases, dûment remplis de paperasses estampillées, timbrées et certifiées conformes. Bref ! Une armée de fonctionnaires zélés venus légiférer et ordonnancer ce petit monde foutraque, et qui n’aurait pas manqué de partir à vau l’eau (partir à vau l‘eau étant une des pires catastrophes que l’on puisse prévoir).

Ces têtes savantes à grands coups d’ordonnances, de lois et de décrets, d’alinéas féroces et d’agressifs avenants, entreprirent donc de faire le ménage et d’assurer aux citoyens ce qui leur manquait le plus : la sécurité ! Non que le sort de nos bipèdes leur importât plus que cela ! Non ! Mais le désordre ambiant et l’imprévisibilité de ces petits personnages était plus que dérangeants ! Fallait-il donc les laisser  gérer leurs problèmes à leur fantaisie ? Que nenni ! Aussi, une armada de comités d’écoute, d’aide au pilotage, de cellules psychologiques et de coachs patentés furent-ils instaurés, dans le but louable d’aider ces électrons libres à prendre davantage conscience de leurs manquements, traumatismes  et faiblesses, au cas où leur peu de lucidité ne les aurait pas aidés à être tout à fait convaincus de leur infortune. Autant de parapluies sans lesquels, bientôt, nul ne sortit plus, histoire d’être moins mouillé !

Je gage que certains escargots regardent le spectacle avec un amusement mêlé de consternation, et aucun d’entre eux, pas plus que moi, ne connait la fin de cette histoire ! Mais ce que je sais, étant moi-même un peu gastéropode  sur les bords, c’est que la pluie jamais ne mouille plus que de raison, et qu’avec un peu de temps (et une bonne serviette !), on finit toujours par être …sec !

A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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10 commentaires pour L’escargot et le parapluie, …petit conte philosophique !

  1. Antonio dit :

    Je vous vois plutôt comme un chat, faisant le mot rond, sortant les griffes de votre imagination, se faufilant entre les gens bizarroïdes, sautant d’une description à l’autre, se hissant sur le toit du monde qui nous abrite et d’un regard perçant dans la nuit, il miaule joliment, se laisse glisser habilement pour retomber toujours sur votre patte d’écrivain, créative et poétique.

    Laissez moi vous dire que vous écrivez comme un chat, mais dans ma bouche c’est un compliment, vous l’aurez compris. J’adore votre conte.:)

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    • Phédrienne dit :

      Bonjour Antonio
      Merci pour le compliment qui me ferait presque miauler de gêne  ! Le chat est, vous l’avez deviné, mon animal favori, et de loin, et si je peux, ne serait-ce que d’un poil, approcher par l’écriture sa féroce souplesse ondoyante, je serais ravie !

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      • Antonio dit :

        Mais l’étendue de votre talent que vous couchez avec volupté dans chacun de vos billets fait sans aucun doute de votre blog la plus charmante des litières.. à rendre jaloux les chats de Madame Terpend.

        Et là normalement, vous miaulez pour de bon… de gêne ! 🙂

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  2. Phédrienne dit :

    Et bien vous me permettrez, Antonio, de vous répondre par le sourire du chats de Chester 🙂 !

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  3. ¡Qué difícil es adjetivar bien! Y tu lo bordas. Haces maravillas con las palabras. Eres como una bruja buena que hechizas con tus relatos.¡Me encanta el cuento! Un abrazo grande.

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  4. Chatte et sorcière… tu sauras toujours garder ta liberté…
    Merci pour cette fable magnifique

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  5. Phédrienne dit :

    Pour Elisabeth
    Merci pour ces mots Elisabeth. Comme je l’ai écrit déjà, 2012 a été pour moi une année de très durs combats à tous niveaux, et beaucoup d’entre eux ne sont pas finis. Mais ce que je retiendrais au milieu de tout cela, ce sont de très jolies rencontres aussi bien dans le monde réel, que virtuel. La tienne en fait partie et ton âme sensible.
    Merci !

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