J’aimerais penser que je me trompe

Lorsque je travaillais dans une grande compagnie d’assurances (qui a eu l’honneur de compter le malheureux Verlaine en son sein), j’avais comme collègues deux féministes grand teint,  lesquelles se targuaient de laisser la vaisselle à leurs jules, et triaient soigneusement les chaussettes sales du panier à linge : pas question de laver la crasse masculine, non mais ! Cela me faisait sourire alors, bien plus que les paternelles et fétides attentions de certains de mes supérieurs hiérarchiques particulièrement assidus auprès des jeunes recrues.

Plus tard, alors que j’étais assistante en communication interne, un foutriquet de chefaillon clamait à qui voulait  l’entendre que passés 40 ans,  une femme ne valait plus rien. Je lui avais suavement demandé s’il avait déjà programmé la date de son divorce … quant aux autres,  mariés pour la plupart, ils n’étaient pas en reste de ces gaudrioles, allusions nauséabondes et regards appuyés, censés représenter la quintessence de la séduction masculine. Depuis, ayant promptement déserté ce milieu (pas pire qu’un autre, paraît-il), j’ai pu juger avec tranquillité de la permanence de ces accablantes  postures, retrouvées partout. Y compris dans l’art où la modernité n’a nullement effleuré la représentation du corps, celui de la femme restant investi de tous les poncifs du désir et des fantasmes. Le pompon en la matière revient hélas pour moi à la photographie où de pauses éthérées en pauses langoureusement enrubannées de sempiternels froufrous (à quelques notables exceptions que je n’oublie pas), on n’en finit pas de tourner autour du même vieux pot usé.

Tout cela ne serait rien si dans la vie de tous les jours, la citoyenne lambda, pourvu qu’elle ne soit pas trop vieille ou laide, essuie journellement (le mot n’est pas trop fort) paillardises, clins d’yeux, tutoiement et propositions peu honnêtes ; la palme appartient à l’homme dûment flanqué de sa compagne (occasionnelle ou non) mais qui s’autorise regards et même parfois commentaires. Dois-je évoquer les réseaux  où l’on pourrait penser que certains internautes n’oseraient pas montrer leurs publications à leur moitié ? La cuistrerie et la goujaterie n’ont pas de nationalité, c’est un fait.

La plupart du temps, si vous faites état de ces situations, la première réponse qui fuse (y compris de la part de femmes)  est accablante :  « Plains-toi ! Tu verras, le jour où on ne te dira plus rien ! ».  Vraiment, notre société serait ainsi faite que l’état d’un corps représente la quintessence d’un être ? Vraiment, il faudrait que j’ai honte de vieillir, que je cache rides et cheveux blancs et que je me satisfasse (voire me rassure) de faire encore partie intégrante des vivants tant que je plairais ! Quel bel idéal…

Le monde médiatique dans son ensemble n’est pas en reste, lequel ensemence le terrain avec ses pubs ridicules sur la perte de poids, l’épilation, les odeurs, la mode, que sais-je encore  (mais destinées aux femmes  pour l’essentiel) !  Et quant aux politiques, sur ce sujet, ils restent tristes à pleurer.

Tout cela me rappelle les pourquoi qui n’ont cessé d’émailler mon enfance lorsque j’entendais évoquer ce qui était licite ou non pour les femmes. Lorsque je voyais ma mère s’échiner aux fourneaux et les femmes se lever pour débarrasser pendant que les hommes, repus et rougeauds, allumaient leur cigarette digestive ! Et mon refus naïf d’alors qui s’est manifesté, entre autres,  en réclamant un train électrique et des petits soldats (bon, ce n’était pas une grande preuve d’intelligence, je vous l’accorde).

Avec le temps, le courroux qui m’a dressée maintes fois comme un indien sur le sentier de la guerre et a rendu prudents maints amis que mes fléchettes au fiel piquaient là où cela faisait mal,  s’est mué en distanciation et en sourire.

Il n’empêche que j’aimerais que tout cela change, ne serait-ce que parce qu’une belle amitié entre homme et femme, surtout lorsqu’elle est déshabillée de tout cela, est un vrai bonheur, et aussi parce que la vie (fût-elle celle d’une femme) évolue en charme et en richesse tout au long de notre parcours, qu’on soit vieux ou pas… dont acte ?

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A propos Phédrienne

Je suis ce que j'écris, ce que je vis, et réciproquement, cela suffit sans doute à me connaître un peu :)
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2 commentaires pour J’aimerais penser que je me trompe

  1. Antonio dit :

    Bien entendu, vous ne vous trompez pas.
    Le jour où on admirera une femme ou un homme comme on s’évertue à contempler une oeuvre d’art, au delà des apparences, par delà l’expression de son regard, pour comprendre ce qui nous touche vraiment en elle ou en lui, le beau qu’a voulu exprimer l’artiste de son être, alors le musée du Louvre pourra rhabiller sa Joconde et fermer ses portes, parce que dehors, sur les quais de Seine, dans les rues de Paris et de France, il y aura bien mieux à plaire. 😉

    Aimé par 1 personne

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